1.Prix Goncourt – Marie NDiaye : Trois femmes puissantes. – éd. Gallimard, 318 p.
Entre imaginaire et monde réel, trois courts récits, trois portraits de femmes, chacune unique et singulière, et pourtant toutes trois si proches, femmes puissantes donc, fortes évidemment, en lutte pour préserver leur grandeur et leur noblesse contre les offenses et les blessures de lavie.Norah d’abord, avocate parisienne de retour à Dakar pour retrouver son père, qu’elle n’a plus vu depuis des années, et qui soudainement la somme de venir le rejoindre. Fanta ensuite, sublime et furtive apparition racontée à travers le regard haluciné de Rudy, son mari qu’elle a suivi de Dakar jusqu’en France. Khady Demba enfin, jeune veuve africaine qui tente vainement de rejoindre l’Europe pour une vie supposée meilleure.
Un roman magistral, servi par une prose exigeante, intense et envoûtante, toujours d’une justesse implacable, nous entaînant pourtant régulièrement à l’orée de l’étrange et du fantastique, dans une langue tantôt revêche et contrariée, soudain lumineuse et apaisée. « Trois femmes puissantes » consacre définitivement Marie NDiaye comme un des « écrivains-raconteurs d’histoires » majeurs de notre temps .
[source : Lire nr 378, supplément rentrée littéraire 2009].
2.Prix Renaudot – Frédéric Beigbeder : Un roman français, éd. Grasset, 282 p.
La scène se passe en janvier 2008.A la sortie du très branché Baron à Paris , Frédéric Beigbeder et son ami Simon Liberati sont arrêtés par la police pour la consommation de stupéfiants sur la voie publique. Le matin même, l’animateur avait appris que son frère aîné Charles allait recevoir la Légion d’honneur. Deux événements qui ont amené l’écrivain à se demander : « Qu’ai-je fait de ma vie ? » Sonné par ses quarante-huit heures de garde à vue, il s’est exilé ensuite au Pays basque de son enfance pour mettre sa vie à plat. Dans « Un roman français », Frédéric Beigbeder raconte donc ses quinze premières années. A 43 ans , il reviens sur ses parents, ses grands-parents, son frère, et dresse en creux un portrait de la France d’aujourd’hui. Pour la première fois, il signe un roman sincère et ne se cache plus derrière des personnages.
[source : Paris Match nr 3144]
3.Prix Fémina – Gwenaëlle Aubry : Au nom de mon père, éd. Mercure de France , 158 p.
François-Xavier Aubry , brillant juriste, professeur àla Sorbonne, spécialiste incontesté de la décentralisation, était garçon bien né et qui ne sut pas vivre. Cet homme, dont l’absence à soi et aux siens fut la seule constance, souffrait de ce que les psychiatres appelleraient une psychose maniaco-dépressive. La littérature, qui sait des choses qu’ignore la médecine (les abîmes, les ombres…), lui préfère le motmélancolie. Celle d’un égaré, colonisé par les doubles qu’il s’invente (fils de roi, espion, James Bond, Prince Eric…) et incapable de faire se rejoindre son identité délétère et la force des désirs d’autrui envers lui. Vivre le tue. Gwenaëlle Aubry, safille nous le rend, nous rend ses souffrances, sa volonté d’expulser le réel jusqu’à le rendre insupportable,et son chagrin à elle, sa colère, tamisé par une écriture où domine, in fine, non l’apaisement, mais la douceur. L’égarement des pères ne surentêtre autre chose que des fils, la crainte et l’amour de leurs filles, ces histoires-là ne nous regardent sans doute pas. Celle-ci nous boulverse.
[source : Le Figaro, 16.10.2009]
4.Prix Médicis – Dany Laferrière : L’énigme du retour, éd. Grasset, 300 p.
Dany Laferrière, très populaire au Québec, où il vit après avoir grandi en Haïti et où ses récits « chauds » alimentent des sitcoms.
Laferrière ne joue plus, ici. Son père vient de mourir. Au terme d’un interminable exil à New York, il décide de rentrer au pays, trente-trois ans après l’avoir quité. La glace canadienne brûle-t-elle plus vite que le soleil haïtien? Le temps passé loin du pays natal est-il mesurable ou tient-il du rêve ? Pourquoi ce pére, banni pour avoir comploté contre Papa Doc, est-il mort seul et pauvre,quand l’un de ses camarades de combat, retourné au pays , est l’un des plus grands collectionneurs d’art haïtien? Comment ce pays, seule fierté des Noirs d’Amérique durant deux siecles, est-il devenu synonyme de misère crasse et d’enlèvements? Victime d’une tourista cuisant, comme n’importe quel Blanc, l’exilé interroge un peuple qui continua sa lente descente aux enfers, après un demi-siècle de duvaliérisme et d’aristidisme. [...] Autant qu’un lointin géniteur qu’il aura très peu connu, Laferrière enterre l’Haïti d’autrefois, avec ses paysans princiers et ses notables lyriques. Rude et sèche comme une lampée de rhum Barbancourt, belle et poignante comme une ritournelle d’Apollinaire, sa prose brûlante serre alors la gorge. L’Haïti de Laferrière? « Un fleuve de douleurs dans lequel on se noie en riant. »
[source : Le Point, nr 1926, 13.08.2009]
5.Prix Interallié – Yannick Haenel : Jan Karski, éd. Gallimard, 188 p.
“Jan Karski” ou le destin peu ordinaire d’un ancien courrier du gouvernement polonais en exil, devenu professeur de relations internationales. En 1942, à l’âge de vingt-huit ans, Jan Karski découvre le projet de Hitler d’exterminer le peuple Juif tout entier. Après avoir visité par deux fois le ghetto de Varsovie où il se trouve confronté à un « enfer”, la Résistance polonaise le charge d’aller prévenir les Alliés et d’ébranler la conscience du monde.Le message et témoin part pour Londres puis aux Etats-Unis, où il rencontrera F.D.Roosevelt à la Maison Blanche en juillet 1943.
Yannik Haenel a composé son livre en trois chapitres. Le premier repose sur l’entretien que Karski a donné à Claude Lanzmann dans « Shoah”. Le deuxième est résumé de son livre de Mémoires , « Story of a Secret State », paru à New York en 1944. Le troisième est un récit de fiction s’appuyant sur certains éléments de la vie de Jan Karski que Haenel doit , entre autres, à la lecture d’une biographie. L’auteur de « Cercle » reconnît que les scènes, les phrases et les pensées qu’il lui prête relèvent de l’invention.
[source : Lire, septembre 2009]
6.Grand Prix du roman de l’Académie Française- Pierre Michon : Les onze, éd : Verdier, Lagrasse
A partir d’un tableau représentant les membres du Comité de salut public, Pierre Michon livre une passionnante réflexion sur l’art etl’Histoire, doublée d’un autoportrait de l’écrivain […]
Au-delà de son évocation de la Terreur…, Pierre Michon (qui – abstraction faite d’un recueil d’entretiens – n’avait rien écrit depuis Abbés et Corps du roi, en 2002) s’interroge non sans malice sur les méandres de la création et sur l’Histoire dans une langue râpeuse, absolument splendide. Puis, au fur et à mesure, « Les Onze” révèlent une autre dimension du texte, celle d’un autoportrait en creux, vachard et lucide. Tout ça en un peu plus de cent pages, éblouissantes…
[source : Lire, mai 2009]
7.Prix Décembre – Jean-Philippe Toussaint : La vérite sur Marie, éd. Minuit, 206 p.
8. Prix Fémina roman étranger – Mathias Zschokke : Maurice à la poule, éd. Zoé